La page santé : La sécheresse oculaire

  • 16 October 2017

La page santé : La sécheresse oculaire

 

            Des milliers de personnes souffrent de sécheresse oculaire (aussi appelé xérophtalmie dans le jargon médical), ce qui en fait l'une des affections oculaires des plus fréquentes en pharmacie.  Chaque fois que l'on cligne des yeux, une mince couche de larme est étalée sur les cornées.  Cette mince couche humide, appelée film lacrymal, forme un revêtement protecteur qui lubrifie et humidifie les yeux en permanence, qui les nettoie et qui protège contre les corps étrangers.  Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les larmes ne sont pas composées uniquement d'eau:  en effet, les larmes contiennent aussi des huiles, des protéines, des électrolytes (ex. : sodium, chlorure, etc.), des substances qui protègent contre les infections et des facteurs de croissance qui sont essentiels aux cellules.  Chaque larme est composée de trois couches : une couche externe faite de lipides, une couche moyenne faite d'eau et une couche interne contenant des mucines.  Chacune de ces couches est produite par une glande différente.  La couche lipidique est sécrétée par les glandes de Meibomius, la couche aqueuse est le produit des glandes lacrymales et la couche muqueuse est sécrétée par les cellules à mucus de la conjonctive.  Les trois couches sont nécessaires pour créer le film lacrymal idéal pour garder les yeux humides et en santé.  La couche lipidique sert à ralentir l’évaporation de la couche aqueuse sous-jacente et ainsi de maintenir l’intégrité du film lacrymal.  La couche aqueuse apporte l'humidité nécessaire au confort des yeux. La couche muqueuse permet une bonne adhésion du film lacrymal à la surface de l’œil. 

 

            Si l'une des couches s'appauvrit, le film lacrymal ne peut pas couvrir correctement la cornée et il peut se former des points secs.  Le syndrome des yeux secs est généralement dû à une diminution de la sécrétion de larmes ou à un déséquilibre entre les divers éléments les composant, ce qui peut entraîner une augmentation de leur évaporation. Dans un cas comme dans l’autre, il s’ensuit un inconfort oculaire jusqu’à des ulcérations de la cornée.  On estime que 30% des consultations en optométrie concernent, à des degrés divers, le syndrome des yeux secs.  Le syndrome des yeux secs peut aussi être la conséquence d’un problème de paupières ne clignant pas suffisamment, ou d’une blépharite, inflammation du bord des paupières qui altère la composition des larmes, augmentant leur évaporation. Il s’ensuit une sensation de sécheresse et d’irritation.  Les symptômes généraux de l’œil sec sont donc l'inconfort oculaire, la sensation de sable ou de corps étranger dans l’œil, la rougeur oculaire (mais pas toujours), la démangeaison, le larmoiement excessif, la sensation de brûlure et de picotement, la fatigue oculaire, la présence de mucus autour des yeux, la sensibilité à la lumière, au froid, au vent et à la fumée.  Il n'est pas anodin d'avoir les yeux secs : en effet, un œil asséché est moins bien protégé contre les agents pathogènes. Il est donc plus susceptible de présenter des infections, des inflammations, de l’irritation ou encore des ulcérations de la cornée.

           

            La sécheresse oculaire est habituellement un symptôme d'une condition sous-jacente.  Pour bien des gens, elle est un signe de vieillissement : avec l’âge, les glandes lacrymales ne produisent plus suffisamment de larmes ou fournissent des larmes de mauvaise qualité.  Les femmes sont par ailleurs deux fois plus sujettes au problème d’œil sec, notamment lors des changements hormonaux comme la grossesse ou la ménopause.  Les activités nécessitant une concentration visuelle particulière (microscope, ordinateur, tablette, lecture) entraîne une diminution du rythme de clignement des yeux, le clignement permettant justement de répartir et restaurer le film lacrymal.  Des facteurs environnementaux peuvent aussi contribuer à l’assèchement de la surface de l’œil tels que le vent, le soleil, un climat sec, la fumée de cigarette, l’air climatisé, etc.  Certaines pathologies peuvent être en cause (ex. : syndrome de Sjögren, certaines maladies auto-immunes comme la polyarthrite rhumatoïde).  Également, certains médicaments comptent la xérophtalmie comme effet secondaire (ex. : médicament pour la vessie, pour l'hypertension, pour la douleur, etc.).  Discutez-en avec votre pharmacien, s’il y a lieu!

La suite le mois prochain!  Catherine Côté, pharmacienne pour les pharmacies Lépicier et Miousse.

 

(Suite)

 

            Nous avons abordé le mois dernier la composition des larmes, les symptômes et les causes de l’œil sec.  Dans cette seconde partie, il sera question du traitement de cette condition.

 

            Si les symptômes sont légers, quelques mesures de base pourront suffire à soulager ce problème.  En effet, l'application de compresses tièdes sur les paupières, l'usage d'un humidificateur et le contrôle de la cause de la sécheresse peuvent aider à rétablir l'hydratation des yeux.  Si la sécheresse oculaire est accrue par une activité comme la lecture ou l’usage d’un ordinateur, le fait de se conditionner à cligner des yeux peut aider. Protéger ses yeux du vent en portant des lunettes, éviter de se frotter les yeux et minimiser l’exposition à toutes sources de contaminants (fumée de cigarette, poussières) sont aussi des moyens simples de prévenir les symptômes de sécheresse.  Si ce n'est pas suffisant, le plus simple est d'essayer des larmes artificielles qui compenseront le déficit de larmes.  Même si le terme « larmes artificielles » est trompeur (puisqu’il est impossible sur le marché d’obtenir la formulation exacte des larmes humaine), somme toute, nous pouvons considérer ces produits comme des solutions hypotoniques ou isotoniques contenant des électrolytes, des surfactants, des agents de conservation et différentes sortes d'agents viscosifiants.  Le choix d'une larme artificielle se fonde donc beaucoup plus sur le principe de l'essai-erreur, selon la tolérance et le soulagement procuré par son utilisation que sur des données probantes obtenues d’études scientifiques.  Un agent idéal devrait contenir des électrolytes (bicarbonates, potassium, etc.), contenir un agent permettant une bonne durée de contact avec la surface de l’œil et posséder un pH neutre ou légèrement alcalin.  Une période d'essai de 1 à 2 semaines est généralement nécessaire afin de déterminer subjectivement de l'efficacité du produit. 

 

            Les larmes artificielles sont souvent présentées en bouteilles multidoses et contiennent de ce fait des agents de conservation.  Ces agents sont bien tolérés lorsqu'utilisés moins de quatre fois par jour, mais peuvent être toxiques pour l'épithélium oculaire si l'usage est plus fréquent, surtout en ce qui a trait au chlorure de benzalkonium qui est le plus irritant.  Le Polyquad, le Purite ou le perborate de sodium sont alors à privilégier.  Pour une utilisation dépassant quatre fois par jour, il est recommandé d'utiliser des produits sans agents de conservation (unidoses) pour diminuer les risques de toxicité oculaire.  Ces produits sont toutefois plus dispendieux.  Aussi, malgré la présence d'agent de conservation, les contenants multidoses peuvent facilement être contaminés par des microbes, c'est pourquoi l'Ordre des Pharmaciens du Québec recommande habituellement une durée de conservation de 30 jours après l'ouverture.  Pour certains patients, il peut être indiqué l'usage de gel et d'onguent lubrifiant.  Ces produits ont une viscosité élevée et nécessitent une application moins fréquente, mais ont tendance à brouiller la vue pendant quelques minutes après l'application, ce qui peut incommoder certaines personnes.  C'est pourquoi on réserve souvent ces produits pour une application avant le coucher. Les utilisateurs de verre de contact constituent une bonne partie de la population ayant recours aux larmes artificielles.  On leur conseille des larmes artificielles ne contenant pas d’agent de conservation puisque les lentilles pourraient favoriser l’accumulation de l’agent en question et provoquer une irritation de l’œil.  De même, les formulations plus visqueuses de type gels, liquigels ou onguent ne devraient pas être utilisées quand on porte des lentilles.  Enfin, il faut s’assurer de ne pas acheter de gouttes contenant un vasoconstricteur, (naphazoline, oxymétazoline, phényléphrine et tétrahydrozoline).  Ces gouttes constrictent (compriment) les vaisseaux sanguins de la conjonctive, ce qui rend l’œil plus blanc. L’utilisation prolongée d’un décongestionnant ophtalmique peut provoquer un effet rebond lorsque l’on cesse le traitement et les yeux seront alors plus rouges qu’à l’accoutumée. Un cercle vicieux!  L’utilisation de ces gouttes peut aussi augmenter le risque de glaucome, particulièrement si vous êtes à risque d’un glaucome à angle fermé.  Finalement, le choix d’une larme artificielle en pharmacie peut être compliqué : demandez conseil à votre pharmacien!

Catherine Côté, pharmacienne pour les pharmacies Lépicier et Miousse.

Retour à la page d'accueil